Réseau de travailleurs étrangers au noir: un agriculteur de Saint-Jude accusé au criminel


Rien ne va plus pour l’agriculteur de Saint-Jude qui aurait dirigé un réseau de travailleurs étrangers au noir: il fait face à des accusations criminelles et la CNESST a récemment révoqué le permis à son agence de placement bidon.

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Jean Lemay et Robert Blanchard, son complice allégué, ont brièvement comparu par le biais de leur avocat lundi matin au palais de justice de Saint-Hyacinthe.

Les deux hommes et leur agence de placement sont accusés d’avoir engagé des étrangers qui n’étaient pas autorisés à occuper cet emploi en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, entre janvier 2022 et juin 2023.

Notons que Jean Lemay, 64 ans, a été le premier employeur québécois interdit à vie d’embaucher des travailleurs étrangers temporaires dès octobre 2021.



Jean Lemay (en mortaise) devant son bureau avec des travailleurs à la fin d'une journée de travail, en juin 2023.


Le producteur agricole Jean Lemay, entouré de travailleurs à la fin d’une journée de travail à son ancienne ferme de Saint-Jude, en juin 2023.


Photo d’archives, Erika Aubin

Employés au noir

Mais le producteur bien connu en Montérégie aurait ensuite trouvé un nouveau stratagème pour employer des Latinos au noir et ensuite louer leurs services à des entreprises de la région via une agence de placement, révélait Le Journal l’an dernier.



Jean Lemay (en mortaise) devant son bureau avec des travailleurs à la fin d'une journée de travail, en juin 2023.


L’accusé Jean Lemay, un agriculteur de Saint-Jude.


Photo d’archives, Erika Aubin

Il y a un an presque jour pour jour, l’Agence des services frontaliers du Canada menait une perquisition sur son ancienne ferme, où il vit toujours. Le complexe agricole appartient toutefois à la famille Fontaine, un géant québécois de la production du veau.

Les agents débarqués à l’aube avaient identifié une trentaine de personnes qui n’avaient pas l’autorisation de travailler au Canada sur les 40 présentes. Lemay était d’ailleurs surnommé «el patrón» par des demandeurs d’asile, bien souvent sans permis de travail, selon nos informations.

Quelques mois après son bannissement, Jean Lemay aurait monté une agence de placement pour continuer à rouler sa bosse. Sur papier, cette nouvelle entreprise appartenait à Robert Blanchard, qui n’avait en apparence aucun lien avec l’agriculteur de Saint-Jude.



Jean Lemay (en mortaise) devant son bureau avec des travailleurs à la fin d'une journée de travail, en juin 2023.


L’accusé Robert Blanchard


Photo tirée de Facebook

En avril 2021, Blanchard a ainsi pu obtenir des permis d’agence de recrutement de travailleurs étrangers temporaires et de placement de personnel. La CNESST les lui a toutefois révoqués en décembre dernier après une enquête de plusieurs années. Il conteste présentement la décision devant le Tribunal administratif du travail.

Avec un prête-nom

Robert Blanchard a uniquement servi de prête-nom pour que l’agence obtienne ses permis. «Cette pratique illégale est généralement sanctionnée par la révocation», peut-on lire dans la décision obtenue grâce à la Loi sur l’accès à l’information.

L’homme de 54 ans de Sainte-Christine n’avait pas de réels pouvoirs au sein de l’agence. Il a omis de déclarer que c’est plutôt Jean Lemay qui est impliqué de façon réelle et régulière dans la direction et la gestion.

Ce dernier était le point de contact avec les entreprises clientes, répartissait les travailleurs étrangers temporaires et s’occupait de la facturation.

La CNESST reproche également à l’agence et à ses dirigeants d’avoir été reconnus coupables d’infractions criminelles et pénales en lien avec l’exercice des activités de placement de personnel.



Jean Lemay (en mortaise) devant son bureau avec des travailleurs à la fin d'une journée de travail, en juin 2023.


L’ancienne ferme de Jean Lemay, sur le rang Salvail Sud, à Saint-Jude, en Montérégie.


Photo Le Journal

L’entreprise embauchait surtout des travailleurs guatémaltèques et mexicains. Un des employés sans permis de travail a d’ailleurs connu une fin tragique l’an dernier.

Venu au Canada dans l’espoir d’offrir une meilleure vie à ses fillettes, José Guadalupe Briano Esparza a perdu la vie dans un accident de voiture alors qu’il se faisait reconduire à son boulot dans une entreprise de coffrage.

Par ailleurs, Jean Lemay a été accusé au criminel en mars dernier pour ne pas avoir payé plus de 32 000$ en impôt.

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